Jean Moulin - Artiste, Préfet, Résistant...

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A moun fiéu Jan
(qua pas bèn tres mes)

O moun Janet, moun cago-nis,
Tu que siés vengu de Paris
Dins un caulet, coume lou dis
Toun fraire !

O moun mignot, coume siès bèu
Quand, dins la faisso e lou banèu,
Te viro coume un cabelèu,
Ta maire !

Siés lou jouguet de tout l'oustau
Quand fas riseto emé ti trau ;
Mai, subre-tout, à iéu fas gau,
Toun paire !

E longo-mai sieguès ansin,
Fres, amistous e cremesin,
En digne fiéu di vièi Moulin,
Ti rèire !

Poème en provençal d'Antonin Moulin,
Saint-Andiol, le 12 septembre 1899,
paru dans Jacquemart, journal de félibrige avignonnais de l'année 1900.

Un autre

Et de trois !... Celui-ci nous vint avec les herbes
De la Saint-Jean.
Quand les épis fauchés s'amoncellent en gerbes
À travers champs.
Aussitôt il emplit et charme et met en fête
Notre foyer,
Occupant tous, à tous faisant perdre la tête
À le choyer.
Un rayon de soleil sur tout son corps se joue,
Dorant sa chair ;
Une fossette s'ouvre et rit à chaque joue,
D'un si doux air.
Rire délicieux d'une âme qui s'ignore
Et ne sait rien.
Et ne soupçonne point dans cette vie encore
Ni mal ni bien.

Poème en français d'Antonin Moulin,
à son fils Jean

Entre Béziers et les Alpilles en Provence

En octobre 1898, la famille Moulin s'installait au 6 rue d'Alsace, au troisième étage, dans un appartement neuf et clair. Il donnait sur la vaste place du Champ de Mars. Du balcon, on dominait cette place et, par-delà, la caserne des chasseurs et son va-et-vient de soldats à pied et à cheval. C'est là que naquit Jean Moulin le 20 juin 1899, quatrième et dernier enfant de la famille.

La place du Champ de Mars où les soldats faisaient l'exercice le matin était un lieu de jeux et de spectacles pour les enfants. C'est aussi l'emplacement où s'installaient tous les cirques et ménageries qui faisaient halte dans la ville. Le vendredi elle était réservée au marché aux bestiaux. Cette place a joué un grand rôle dans la jeunesse des enfants Moulin.

Mais le berceau de la famille était à Saint-Andiol, en Provence. C'est là que Jean fut baptisé le 6 août 1899. Son parrain était son frère Joseph (douze ans et demi) et sa marraine sa cousine Jeanne Sabatier (neuf ans).

C'est aussi là, assis dans le jardin ou sur le grand trottoir, que son père Antonin lisait livres et journaux, et composait parfois quelques poèmes en français ou en provencal. Il en dédia deux à son dernier né Jean.

La vie de la famille était ainsi partagée entre Béziers et Saint-Andiol où elle passait les vacances entourée des cousins Escoffier et Sabatier. Les frontières naturelles des enfants étaient alors les Alpilles, le Lubéron, le Ventoux et la Montagnette. Ils parcouraient le pays à bicyclette ou avec le petit cheval de la grand-mère. Les tours de Châteaurenard, que l'on voyait à des lieues à la ronde, exercaient une grande attirance sur Jean et ses amis. La colline d'Eyragues, pompeusement nommée "montagne", dont l'ascension n'était pas trop rude, mais qu'ils pouvaient au retour dévaller en roue libre était aussi leur terrain de jeux. Leur père, Antonin, les accompagnait souvent, leur faisant découvrir, en alternant explications et chansons, sa chère Provence, les Alpilles, les lieux familiers de Frédéric Mistral et d'Alphonse Daudet : Fontvieille, St-Rémy de Provence, le site antique de Glanum, nourrissant la pensée rêveuse de son fils. Jean était fasciné par un château féodal en ruines, accroché aux Alpilles, Romanin, surplombant la plaine entre St-Rémy et St-Andiol, pseudonyme qu'il adoptera pour s'adonner à son violon d'Ingres, la caricature et le dessin. Ces années furent heureuses et riches de culture.

Un enfant espiègle et taquin

Jean était souvent espiègle et taquin. Mais chez lui, ni longues bouderies, ni rancune. Il savait se contenter de ce qu'on pouvait lui donner. Il était fier de porter les vêtements que sa mère lui confectionnait. Il était gentil avec ses camarades, protégeant les plus jeunes, surtout son ami Marcel Bernard qui habitait la maison à coté et était son compagnon de jeux de la place du Champ de Mars. Jean était parfois rêveur et son regard, d'ordinaire vif et lumineux, devenait vague et lointain.

Un don pour le dessin

Le petit Jean fut très précoce en dessin et manifesta tout jeune un don remarquable. Vers cinq ou six ans, il avait déjà un grand don d'observation et un joli coup de crayon. Ce don se développa avec l'âge. C'était la seule chose qui l'intéressait vraiment. Tout petit, il avait une drôle de façon de croquer un personnage : il commençait par les pieds, chaussés de godillots, et montait jusqu'à la tête, toujours expressive. Et ces personnages tenaient remarquablement debout !

Une éducation républicaine

En 1907, la famille fut endeuillée par la mort de Joseph 19 ans, le fils aîné. Les parents reportèrent toute leur affection sur Laure et Jean qui furent élevés suivant une morale civique exigeante : « Instruction, travail, justice, vérité, tolérance, solidarité ». Ils leur forgèrent une âme de citoyen. Les enfants furent nourris d'histoire républicaine « L'histoire de la Révolution française » de Michelet et de ses héros, Camille Desmoulins, Danton. Les pères fondateurs de la IIIème République figuraient au Panthéon personnel de la famille Moulin où Léon Gambetta le député de Marseille, occupait une place privilégiée parce qu'il avait réussi à imposer la République. Jean Moulin y fera référence dans son rapport au général de Gaulle le 7 mai 1943. Les enfants Moulin furent également imprégnés de culture méridionale par leurs parents liés d'amitié au poète Frédéric Mistral. Jean fut toujours très famille ; les lettres à ses parents et à sa sœur traduisent son affection profonde et une très grande connivence avec son père qui le conseillera dans sa carrière.

Une scolarité classique

Jean suivit une scolarité des plus classiques, plus attiré par le dessin que par les autres matières. Un de ses professeurs porta l'appréciation suivante : « fera un excellent élève quand il se décidera à travailler », ce qu'il fit véritablement à partir de la seconde.

Il avait 15 ans lorsque la Grande Guerre éclata. Ses compositions françaises et ses caricatures publiées dans La Baïonnette et la Guerre Sociale qui révèlent un talent certain, reflètent sa peur de la guerre. Bachelier en 1917, doué pour les arts graphiques, Jean Moulin, « philosophe rebelle », aurait voulu faire une carrière artistique, mais raisonnable, il se laissa facilement convaincre par son père de faire son droit à la faculté de Montpellier. Ayant été témoin du combat politique de son père, il estima que son devoir était plutôt de servir la République en embrassant la carrière préfectorale. Pour financer ses études de droit, il entra sur recommandation de son père, au cabinet du préfet de l'Hérault. Démobilisé, en octobre 1919, il retrouva son poste auprès du préfet et termina ses études de droit. Le préfet Lacombe qui l'appréciait dit de lui, « fera un excellent sous-préfet lorsqu'il aura terminé ses études de droit ». Ses trois années passées au cabinet du préfet lui ont appris les rouages de l'administration préfectorale et il a été le témoin de la violence du combat politique dans un département très républicain.

Il adhèra en 1921 aux Jeunesses laïques et républicaines de tendance radicale-socialiste, seule période de sa vie où il eut une activité militante.

Lettres d'enfant


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